Accès membre
Adhérer au CNGE
Bonjour, Visiteur
>>> Accès forums
 01.75.00.16.59
Conseil Scientifique > Productions du Conseil Scientifique > Opinions scientifiques > Faut-il avoir peur des médicaments ? Avril 2015

Dans cette catégorie:

Faut-il avoir peur des médicaments ? Avril 2015


Fichiers joints:

Faut-il avoir peur des médicaments ? Avril 2015

Créé le samedi 25 avril 2015

Récemment, les medias grand public ont répercuté les résultats d’une publication britannique issue d’une revue scientifique internationale de rhumatologie sur la sécurité d’emploi du paracétamol. Encore plus récemment, ils se sont fait l’écho de dangers relatifs à l’ibuprofène à partir d’un avis de l’agence européenne du médicament. Ainsi, deux des médicaments les plus couramment utilisés, soit sur prescription médicale, soit en auto médication, sont remis en cause. La communication vers le grand public d’affirmations discutables à travers le prisme des medias déstabilise et inquiète les patients comme l’attestent leurs réactions constatées par les professionnels.

Cette actualité donne l’occasion d’une double réflexion.

En premier lieu, elle questionne la qualité de la transcription des données scientifiques par les medias. La vérité scientifique naît de la confrontation et du recoupement des données issues de sources différentes, évoluant avec le temps. La reprise sans nuance et sans interprétation scientifique éclairée des résultats d’une seule publication peut induire en erreur.

Concernant le paracétamol, l’analyse méthodique de la publication reprise par les medias a montré qu’elle souffrait de nombreux biais et insuffisances et qu’elle ne justifiait pas l’arrêt de la prescription de paracétamol. Ce dernier reste l’antalgique disposant du meilleur rapport bénéfice/risque dès lors que les prescriptions sont conformes à son bon usage, comme argumenté dans un communiqué de presse intitulé « Faut-il avoir peur du paracétamol ? » (Conseil scientifique du CNGE)

 Concernant l’ibuprofene, l’alerte concernait des doses non recommandées et non utilisées en pratique courante en France. Elle ne concerne pas son utilisation raisonnée aux doses usuelles pour des périodes ponctuelles ou limitées.

A l’inverse, les statines, médicaments hypocholestérolémiants, ont été l’objet d’attaques répétées à la suite de la publication d’ouvrages ayant bénéficié d’importants relais médiatiques malgré leur qualité discutable. Il s’agit pourtant de médicaments ayant une efficacité largement démontrée qui, pour les patients à haut risque cardio vasculaire, évitent des accidents comme l’infarctus du myocarde, l’accident vasculaire cérébral et diminuent la mortalité.

 Ensuite, cette actualité illustre l’importance de la balance entre les bénéfices attendus et les risques des médicaments. Le bénéfice est le gain attendu d’un médicament : degré de soulagement pour un anti douleur, amélioration clinique pour un anti-infectieux, augmentation de l’espérance et de la qualité de vie pour un anticancéreux, prévention des infarctus du myocarde ou des accidents vasculaires cérébraux pour les médicaments visant à lutter contre les facteurs de risque cardio-vasculaires (hypertension artérielle, hyper cholestérolémie), etc. Par ailleurs, les médicaments peuvent être responsables d’effets indésirables de gravité et de fréquence très variables. La pertinence d’un traitement (et de sa prescription) découle donc de cet équilibre entre bénéfice(s) attendu(s) et risque(s) encouru(s), appelé balance bénéfice/risque.

 Il est donc indispensable que l’efficacité d’un médicament soit prouvée sur des critères importants pour le patient (critères cliniques précis, symptômes, qualité de vie, morbimortalité, etc.). Selon le site Clinical Evidence, 89 % des traitements disponibles n’ont pas de preuve d’efficacité clairement établie. Or, en l’absence d’efficacité démontrée, le rapport bénéfice/risque d’un médicament est toujours défavorable. A l’instar de l’affaire du benfluorex (Médiator®), des effets secondaires rares mais graves rendent l’utilisation d’un médicament inacceptable en l’absence de preuve d’efficacité clinique tangible. Les essais médicamenteux sont souvent menés sur des patients sélectionnés pendant des durées généralement courtes et dans des conditions éloignées de la « vraie vie ». Dans la majorité des cas, ils ne permettent pas d’évaluer correctement les risques liés au médicament, notamment les risques rares qui ne sont décelés qu’après commercialisation et administration à un grand nombre de patients. Seule une pharmacovigilance, surveillance des effets indésirables des médicaments,  dotée de moyens performants est apte à réaliser cette évaluation.

 Prenons deux exemples :

  • Pour les médicaments symptomatiques de la maladie d‘Alzheimer, les études bien menées ont montré une efficacité minime, cliniquement non pertinente, inconstante et transitoire de l’état cognitif des patients, sans intérêt pour leur confort et leur devenir. En outre, ces médicaments ont des effets indésirables parfois graves et exposent à des interactions médicamenteuses fréquentes. Ils ont pourtant été largement promus et prescrits, exposant inutilement les patients à des effets indésirables pour des coûts aussi inutiles que considérables.
  • Les médicaments antidiabétiques utilisés pour les patients diabétiques de type 2 (diabète de la maturité le plus fréquent) diminuent efficacement le taux de sucre dans le sang (la glycémie et le marqueur de son contrôle, l’hémoglobine glyquée). Cependant, aucun d’entre eux (y compris les plus célèbres, metformine, insuline, ainsi que les derniers commercialisés beaucoup plus onéreux) n’a solidement démontré qu’il était capable de prévenir les complications vasculaires. En revanche, les antidiabétiques provoquent des effets indésirables bien connus, parmi lesquels des hypoglycémies parfois graves en particulier chez les sujets âgés (pour les sulfamides et l’insuline). Les patients diabétiques de type 2 sont ainsi souvent traités par plusieurs médicaments qui ne leur apportent pas de bénéfice clinique mais qui comportent des risques.

Il est du rôle des agences sanitaires d’exiger des preuves d’efficacité clinique de qualité avant d’autoriser la mise sur le marché puis le remboursement des médicaments.

En se basant sur les données de la science récentes et validées, il appartient au médecin d’expliquer au patient les bénéfices attendus du médicament et ses potentiels effets indésirables. Pour cela, il faut disposer de données issues d’études correctement menées en soins primaires dans la « vraie vie », et non exclusivement en milieu hospitalier, car les résultats de ces essais correspondent mieux aux conditions de vie habituelle des patients.

Les  prescriptions médicamenteuses basées sur la notion de bénéfice/risque doivent aussi intégrer des considérations de santé publique, médico-économiques et éthiques pour faire bénéficier chaque patient des soins les plus performants selon l’état des connaissances, les besoins de chacun et les ressources de la collectivité.

Cette approche bénéfice/risque et comment la communiquer et l’expliquer au patient est actuellement un axe de travail du CNGE et devrait être une priorité des tutelles en charge de l’évaluation des médicaments et de la santé des français.

 

Dr. Vincent Renard, Professeur des universités. Faculté Paris Est Créteil, Président du CNGE

Dr Caroline Huas,  Maître de conférences associée. Faculté de Tours

Dr Rémy Boussageon, Maître de conférences associé. Faculté de Poitiers

Dr Denis Pouchain Faculté de Tours,  et les membres du Conseil scientifique du CNGE  http://www.cnge.fr/conseil_scientifique/composition_et_organisation

 

 


Fichiers joints